À Bouxwiller, deux mondes qui se croisent mais ne se mélangent pas

Mobilier rural rehaussé de décorations polychromes.
Mobilier rural rehaussé de décorations polychromes.
A-  |  A+
La capitale du Pays de Hanau dévoile en deux lieux remarquables des trésors artistiques de la ruralité.

Le musée de Bouxwiller et du Pays de Hanau, installé dans une halle aux blés du 16e siècle unie à une ancienne chapelle castrale du 14e, sert d’écrin à des collections remarquables relatant les richesses multiples de l’ancien comté. L’enseignement le plus riche à tirer de la visite reste sans conteste la mise en miroir de deux univers à la fois proches et radicalement opposés : les mondes bourgeois et paysan. Les objets du quotidien servent de révélateurs à ce « décalage » où artistes ruraux et citadins traduisent, chacun à leur façon, les valeurs sociales qui les distinguent.

Les riches vivent entourés d’un mobilier précieux dont le type de bois les différencie des classes populaires. Ces dernières, pour donner le change, rivalisent de créativité afin de faire apparaître leurs meubles dans l’éclat d’une peinture polychrome qui « en jette ». Le coffre de mariage, transmis de mère en fille, est omniprésent. Le rouet et le métier à tisser – pour arrondir les fins de mois – figurent en bonne place chez les familles modestes tandis que les « bourges » se plaisent au milieu de miroirs, tableaux, violons et clavecins. Le « paraître » est essentiel chez ces messieurs-dames de la haute.

Maîtres et serviteurs

« La foire aux servantes » par Charles-François Marchal.

« La foire aux servantes »
par Charles-François Marchal.

Quelques œuvres fabuleuses sortent du lot telle cette toile de Charles-François Marchal datée de 1864 intitulée « La foire aux servantes ». Tout un programme ! Le « Gsindemärick » raconte en une palette flamboyante les « maîtres » venus choisir les domestiques désirant changer de maison. On n’oubliera pas non plus de s’arrêter devant les « Paysans alsaciens à l’église » de Louis-Philippe Kamm, autre toile emblématique illustrant les rudes paysans aux mains calleuses se recueillant dans l’église protestante d’Oberseebach. Le bonheur prévu pour l’autre monde peut-être ?

 

 

Bâti dans l’édifice noble et classique de l’ancienne synagogue, le Musée judéo-alsacien met en scène les coutumes juives telles que pratiquées dans leur environnement rural. Plus poignantes sont certaines réminiscences de l’âpre condition des colporteurs, chevillards (grossistes en viande) et autres classes laborieuses sur lesquelles est levé le voile de l’histoire dans le labyrinthe des salles. Ce musée constitue un point de départ idéal vers les 20 sites majeurs du patrimoine juif d’Alsace du Nord.

Informations

Tél : 03 88 00 38 39