Carte blanche aux humoristes en Alsace

Extrait © P. Thiébaut
Extrait © P. Thiébaut
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Ils sont à la fois ancrés dans le terroir et le doigt dans la prise de l’actualité mondiale. La relève des Hansi et Tomi, enfants terribles de l’Alsace, est bien assurée.
Jean Risacher

Jean Risacher

Jean Risacher
« Il faut que ça pulse ! »

Conjugué au plus-que-direct, le style de Jean tient du bazooka qui vous secoue de rires pour un petit bout de temps. « Mon univers est peuplé de cochons roses, de danseuses et de moines », avoue-t-il. De petits nounours tout tendres et câlins aussi qui ponctuent le diaporama interminable de sa page Facebook. On se demande ce qu’ils font là. Viennent-ils tempérer l’humour ravageur qui sévit dans sa galerie de portraits brossés au vitriol ? On y voit défiler des hommes politiques, des dopés de la petite reine, des victimes du chamboulement climatique, des accros à la tradition régionaliste, la reine Elizabeth (on ne vous dit pas dans quel état !), des otages d’un détournement aérien, un torero assez peu fier et un candidat à l’embauche chez… Ricard.
Plutôt mal en point ce dernier !
L’artiste est né à Sélestat et y reste. De là, il suit tous les événements qui secouent le monde et… la région. Pas de pitié ces jours-ci pour l’un ou l’autre des camps qui se déchirent pour cause de fusion régionale. « Je ne suis pas militant », déclare-t-il. « Certains s’accrochent trop aux « oreilles de Mickey » et à l’image folklorique qu’on donne de nous en France comme ailleurs. Il faut faire pousser l’arbre identitaire pour qu’il étende ses branches et apprenne à respirer. Par contre, il faut se garder de la massification économique autant que culturelle. »
Depuis sa demeure sélestadienne, dans un décor délirant de cabinet de curiosités, cet ancien des Beaux-Arts de Mulhouse prend le pouls du monde. Inutile d’ajouter que les événements tragiques de janvier ne l’ont pas laissé indifférent et que cela s’est ressenti dans ses derniers dessins. Grinçants, tordants.

© J. Risacher

© J. Risacher

Quelques titres :

Collaborateur régulier des Dernières Nouvelles d’Alsace où il a débuté avec la rubrique « Eschwohr » (« C’est vrai ») ?, Jean a illustré un « Petit bestiaire des expressions alsaciennes » et un livre traitant des « Animaux dans le langage populaire entre les Vosges et le Rhin ». A ne surtout pas manquer, ses « dessins du jour » réunis sur son site (plus de 1000). Ça pulse, vous dit-on !

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Pat Thiebaut

Pat Thiebaut

Pat Thiébaut
Ne manque pas de « Still ».

Cet « agité du local » (c’est le nom de son site) est né à Nancy, en Lorraine, mais se découvre accro à sa région d’adoption. Installé à Still, dans le Bas-Rhin, il dépeint au fil de ses jours, recherches et rencontres une Alsace irrévérencieuse et libertaire.
Sa naissance fut contemporaine du 20e Congrès du PC soviétique et de la suppression des wagons de 3e classe de la SNCF. Ce n’est pas rien.
Alsacien de cœur, donc, en harmonie avec la terre d’élection où il vit depuis plus de 40 ans. Et de rappeler la condition de l’âne d’un certain proverbe turc : « On est de là où l’on broute ! ». C’est dit. Quant à son métier d’auteur illustrateur, il le définit comme une activité « formidable » dans un contexte « fort minable ».
Exit Stromae !
Trempé dans l’acide, son trait ne manque jamais sa cible. Ça sort, puissant et acéré, d’une verve affranchie de portable, télé, permis de conduire. Deux grands volets cohabitent dans son œuvre, tout comme chez son compère sélestadien : d’un côté l’Alsace féerique, tendre et enfantine, de l’autre le monde et son tumulte avec lequel on aime s’écharper et régler quelques comptes. Ça se passe dans la mouvance des Hansi et Tomi Ungerer, dont les voies furent empruntées par la même machine à deux temps : un cœur tendre et un autre féroce. Chaud – froid à gogo.
Difficile d’en dire plus sur ces artistes qui donnent immensément à voir et disent si peu sur eux-mêmes. Intarissables par contre sur les bévues de leur époque. Passage obligé enfin par les dernières pages du site de Pat qui réservent de franches rigolades, conjurant les « balles tragiques » d’un Colombey qui fera couler encore beaucoup d’encre chez la gent humoriste.

© P. Thiebaut

© P. Thiebaut

Quelques titres :

Bonnets à coiffes, cigognes, maisons à colombages… L’Alsace est bien là dans l’œuvre du dessinateur conteur qui ne rechigne pas non plus à croquer quelque jolie campagnarde bien gironde brandissant une bière (de Noël) débordante de mousse.
Des noms ? « Le voyage de Myra », les « Contes du Val de Saint-Amarin », la « Malédiction du Hagelschloss » et un charmant « Petit abécédaire de Noël en Alsace ».

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