Quand l’hiver finit dans un plongeon

© Photos Laurent Walter
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Cinquante jours après le dimanche de Pâques, l’Ecomusée d’Alsace célèbre une tradition haute en couleur et des plus insolites, celle du Feuillu de Pentecôte.

Il y a Pâques et il y a « l’after ». L’apparition du Saint-Esprit aux apôtres du Christ, cinquante jours après sa résurrection, est une fête chrétienne rapportée dans les Actes des apôtres. Or comme les traditions juives et chrétiennes se croisent à plus d’un titre, la Pentecôte tire son origine de la fête juive de Chavouot ou « Fête des semaines ».

Elle se célèbre le septième dimanche suivant la Résurrection et, dans certains pays, se prolonge le lendemain par un lundi chômé dit « lundi de Pentecôte ».

Des chevaux robustes, compagnons des travaux des champs. © Laurent Walter

Des chevaux robustes, compagnons des travaux des champs. © Laurent Walter

Ce jour-là, l’Ecomusée accueille un étrange cortège. Les visiteurs inspirés ayant bien noté ce rendez-vous peu banal assistent alors à un défilé comme on en voyait dans les villages d’antan. Les acteurs, une centaine de bénévoles, ainsi que nombre d’animaux (bœufs, cochons, oies, ânes…) participent à la reconstitution d’une procession dite « cortège du Feuillu », telle qu’elle se déroulait à Baldenheim vers 1850.

De drôles d’individus se succèdent tels que « l’aboyeur aux escargots », terreur des « nuisibles » s’attaquant aux végétaux. Ou bien le « renifleur de givre » ou encore « le balayeur des rues ». Mais aucun n’égale, pour l’allure déjantée, le « Pfengschpflitteri » ou « Feuillu de Pentecôte ». Le nom même de ce phénomène se distingue par son caractère imprononçable car le vocable comporte pas moins de 13 consonnes !
Preuve encore une fois que l’alsacien est une langue truculente adaptée aux grands enfants et aux farceurs !

Cortège de la Pentecôte. © Laurent Walter

Cortège de la Pentecôte.© Laurent Walter

Pfengschpflitteri donc, celui dont on vérifie plus d’une fois l’orthographe, le cauchemar des cancres de la dictée, est une sorte d’homme sauvage incarnant l’esprit de la nature.

La cérémonie se pratiquait jadis en plaine d’Alsace et clôturait la saison des fêtes hivernales.

A la fin du cortège, le Feuillu est capturé par la population puis jeté dans la rivière pour garantir au village de belles récoltes. L’hiver est clôturé devant témoins et tout cela finit dans une bonne humeur généralisée et contagieuse.


Vidéo


Focus

Le bain des chevaux

Point d’orgue de la manifestation à ne pas manquer, le bain des chevaux qui, après le Feuillu, en fin d’après-midi, se jettent à leur tour dans la rivière, au pied de la maison forte. Magnifique ! Les imposants chevaux de trait, indispensables aux paysans pour les travaux des champs, participent également aux jeux et aux joutes d’adresse avec les jeunes du village. Les anciens les présentent à leur tour effectuant de multiples travaux comme le labour et les transports.