Chiner à travers le temps à Marmoutier

Reconstitution d’un intérieur du 18e siècle.
© Photo R.A.N.
Reconstitution d’un intérieur du 18e siècle. © Photo R.A.N.
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Campée sur le circuit de la Route romane, dotée d’une abbaye célèbre, la ville de Marmoutier constitue une étape de choix pour découvrir l’art populaire alsacien.

L’abbatiale bénédictine du 12e siècle, la plus ancienne de la région, fondée par des moines irlandais, culmine au-dessus d’un ensemble de maisons remarquables qui furent habitées par la communauté juive durant près de 10 siècles. Une population vivant à l’intérieur des remparts mais tenue néanmoins à l’écart de ce cœur de la cité que fut l’abbatiale Saint-Martin. Les terres des abbés produisaient leurs récoltes et cette communauté en assurait la commercialisation.

« L’abbaye de Marmoutier avant la messe », œuvre de Charles Caïus Renoux (1825)

« L’abbaye de Marmoutier avant la messe », œuvre de Charles Caïus Renoux (1825)

Le Musée du Patrimoine et du Judaïsme alsacien, demeure bourgeoise de style Renaissance édifiée en 1590, réunit des collections permettant d’imaginer le quotidien des habitants alors que la reconstitution d’ateliers du 18e siècle plonge le visiteur dans l’ambiance d’époque.

Stub, cuisine, lingerie, cave avec pressoir et alambic, et même un « coin du Bon Dieu » dressent le tableau. L’abbaye constituait un gros « client » pour toutes les corporations. La visite du musée fait également la part belle à la poterie, révélant toute la gamme de réalisations utilitaires, décoratives, festives ou rituelles issues des fours de potiers.

Les images pieuses telles que les ex-voto ou les amulettes protectrices avaient vocation à accompagner les habitants tout au long de leur vie, la superstition inspirant des artistes dont on retrouve ici les créations naïves qui ne manquent pas de charme.

Le judaïsme rural est largement représenté dans cet édifice occupé longtemps par des juifs, dont la présence est racontée par des réalisations architecturales telles qu’un bain rituel ou « mikwé ».

OT du Pays de Marmoutier

Tél : 03 88 71 46 84

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Deux mondes qui se croisent mais ne se mélangent pas

La capitale du Pays de Hanau dévoile en deux lieux remarquables des trésors artistiques de la ruralité.

Le musée de Bouxwiller et du Pays de Hanau, installé dans une halle aux blés du 16e siècle unie à une ancienne chapelle castrale du 14e, sert d’écrin à des collections remarquables relatant les richesses multiples de l’ancien comté. L’enseignement le plus riche à tirer de la visite reste sans conteste la mise en miroir de deux univers à la fois proches et radicalement opposés : les mondes bourgeois et paysan. Les objets du quotidien servent de révélateurs à ce « décalage » où artistes ruraux et citadins traduisent, chacun à leur façon, les valeurs sociales qui les distinguent.
Les riches vivent entourés d’un mobilier précieux dont le type de bois les différencie des classes populaires. Ces dernières, pour donner le change, rivalisent de créativité afin de faire apparaître leurs meubles dans l’éclat d’une peinture polychrome qui « en jette ». Le coffre de mariage, transmis de mère en fille, est omniprésent. Le rouet et le métier à tisser – pour arrondir les fins de mois – figurent en bonne place chez les familles modestes tandis que les « bourges » se plaisent au milieu de miroirs, tableaux, violons et clavecins. Le « paraître » est essentiel chez ces messieurs-dames de la haute.

Maîtres et serviteurs

Quelques œuvres fabuleuses sortent du lot telle cette toile de Charles-François Marchal datée de 1864 intitulée « La foire aux servantes ». Tout un programme ! Le « Gsindemärick » raconte en une palette flamboyante les « maîtres » venus choisir les domestiques désirant changer de maison. On n’oubliera pas non plus de s’arrêter devant les « Paysans alsaciens à l’église » de Louis-Philippe Kamm, autre toile emblématique illustrant les rudes paysans aux mains calleuses se recueillant dans l’église protestante d’Oberseebach. Le bonheur prévu pour l’autre monde peut-être ?

Bâti dans l’édifice noble et classique de l’ancienne synagogue, le Musée judéo-alsacien met en scène les coutumes juives telles que pratiquées dans leur environnement rural. Plus poignantes sont certaines réminiscences de l’âpre condition des colporteurs, chevillards (grossistes en viande) et autres classes laborieuses sur lesquelles est levé le voile de l’histoire dans le labyrinthe des salles. Ce musée constitue un point de départ idéal vers les 20 sites majeurs du patrimoine juif d’Alsace du Nord.

Contact

Tél : 03 88 70 97 17

Focus

Bienveillantes bondieuseries

Les images de « sainteté » ou de « préservation », « helje » ou « schutzbilder », étaient vendues par des colporteurs et crieurs publics lors de la tenue de foires régionales ou sur les lieux de pèlerinage. Il leur était demandé de protéger les récoltes, la demeure, toute la maisonnée, sans oublier les animaux domestiques. On ne vivait pas sans elles.